Les Carroz  Un peu d'histoire ...
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Texte d'Albert Jary

Nos Alpes, montagnes récentes, se sont formées il y a 70 millions d'années et on retrouve dans certains terrains de la station de Flaine (1 600 m) et dans Les Grandes Platières (2 500 m) des coquillages qui ont vécu dans l'océan primitif.

Plus tard, le refroidissement de la terre a permis que se forment sur les montagnes la neige et les glaciers. A la dernière période glaciaire, qui a commencé il y a 150 000 ans et s'est terminée il y a 10 000 à 15000 ans, un glacier recouvrait la vallée de l'Arve et son altitude moyenne était de 1 350 m,de sorte que l'emplacement des Carroz était recouvert de 200 m de glace.Pendant cette période glaciaire, l'homme préhistorique vivait près des glaciersqui étaient de bons terrains de chasse et on a retrouvé sur le territoire de Barre-sur-Onnion, à18 km d'Arâches, un foyer dont les cendres, analysées au carbone 14, ont indiqué qu'il date de 70 000 ans.

Plus récentes, les traces des cités lacustres des lacs de Savoie datent d'environ 4 000 ans.Les hommes forment, non plus seulement des tribus, mais des peuplades et ce sont les plus forts qui occupent le terrain et 1 000 ans avant J.C., ce sont les Ligures qui occupent ce qui correspond à la Savoie actuelle ; puis ils sont refoulés par les Celtes, vers 500 ans avant J.C., qui y fixent une de leurs peuplades : les Allobroges, dont le nom servira de titre à l'hymne actuel des Savoyards. Ensuite, la conquête romaine commence en 218 avant J.C. ; ils construisent des routes et des centres actifs : Genava (Genève), Boutae (Annecy). Le terme Sapaudia apparaît en 354, plus tard il devient Sabaudia, Saboia puis Savoie.

1937 - 2007 : 70 ans

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De 443 à534, la Savoie est dominée par les Burgondes, peuple germanique refoulé par Attila et installé par les Romains, Genève est la capitale du royaume Burgonde et Vienne sa métropole religieuse. Jusqu'en 887, la Savoie est le théâtre de luttes continuelles entre les Francs et les Lombards.L'invasion des Sarrazins ruine le pays jusqu'à ce que Guillaume, comte de Provence, anime en 972 une croisade pour les chasser, ce qui n'est réalisé qu'en 980. Le Faucigny devient fief de l'Empire Germanique et est érigé officiellement en province indépendante avec Cluses pour capitale et Sallanches pour chef-lieu où est installé le tribunal du 71 décanat de Genève.

C'est vers 1050 que les premiers habitants se fixent sur le plateau d'Arâches et c'est en 1222 qu'ils construisent leur première église. Saint François de Sales, alors évêque de Genève, la visitera le 4 août 1606. La Savoie bénéficie d'une période de calme relatif grâce à la succession des ducs et des comtes de Savoie qui gouvernent la région. Parmi les plus célèbres : Humbert aux Blanches Mains, Amédée VI (1343-1383) le Comte Vert, Amédée VII (1 383 -1 434) le Comte Rouge et Amédée VIII qui devint pape sous le nom de Félix V. En 1481, Arâches compte 60 feux, soit 300 habitants.

En 1536, la Savoie est rattachée àla France jusqu'en 1559, puis Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, s'allie avec les espagnols, remport deux victoires sur les français et récupère ses terres. En 1562, il choisit Turin pour capitale. En 1586, les Bernois envahissent le Faucigny et brûlent le château de Châtillon dont les ruines sont visibles au col de Châtillon. Mais ils ne peuvent envahir Cluses, défendue par des milices locales. Dans les années 1500, les moyens de vivre deviennent insuffisants pour une population qui augmente et les plus actifs s'expatrient. Nous arrivons à la période de l'émigration qui a été fortement encouragée par la réussite des premiers émigrés. Le pourcentage des partants a atteint un maximum de 40% de la population d'Arâches. Certains reviennent pour les moissons, ils portent les costumes des pays d'où ils viennent et qu'ils sont fiers d'arborer et cela donne aux fêtes et aux foires une couleur particulière. Leur travail dans les pays d'accueil est très varié : ouvrier sur cuivre, mercier, négociant en toilerie et draperie, colporteur, coursier, régisseur...

En 1726, alors qu'il y a 500 habitants à Arâches, il y a 105 émigrants ainsi repartis: 68 en Allemagne, 21 en France, 11 en Suisse et 5 en Italie. Ceux qui restent àArâches élisent tous les ans un Regrattier (débitant de sel pour le compte de l'Etat), un Exacteur (percepteur local) ainsi que plusieurs Syndics. En 1 700, l'église d'Arâches a été détruite par le feu et reconstruite. C'est l'église actuelle : on retrouve dans la base de ses murs extérieurs des têtes sculptées primitives qui sont des souvenirs de la première église. Le chur est offert par des émigrants de Vienne, en Autriche, les lustres sont de Paris et une salle du presbytère, actuellement aménagée en musée, contient une quantité d'objet de culte offerts par des émigrants. En 1728, Nicolas Falquet fait construire la chapelle du Pernant sur l'emplacement des ruines d'une ancienne chapelle dont une croix en pierre marque l'emplacement ; il a déjàfait et fera d'autres nombreux dons àson village natal car il a fait fortune à Vienne où il est parti àl'âge de 12 ans, sans instruction, pour être coursier chez un négociant qui, se rendant compte de son intelligence, lui fait donner des cours en même temps qu'àses enfants. Nicolas se marie avec la fille du patron, devient le successeur de son protecteur. Plus tard, sa femme décède. Il revient àArâches pour se marier avec Claudine Passy du hameau du Lay avec laquelle il a plusieurs enfants dont Bernard, né en 1710 et qui, en Allemagne, deviendra baron d'Empire ; Béatrice, née àArâches en 1713, et Thérèse qui sera religieuse ursuline àSallanches. A sa mort, il laisse une fortune de 2 millions de florins d'empire. La liste des émigrés qui ont réussi est longue, on a même retrouvé, dans les archives, la lettre d'un bourgmestre d'Autriche avec l'avis de décès d'un habitant d'Arâches qui était colporteur et avait été assassiné.

L'émigration a duré tant que les habitants ne pouvaient gagner leur vie sur place. Or, en 1715, il se passe un événement qui, en lui-même, est insignifiant, mais qui a eu des effets considérables sur l'avenir de la région : en 1715, Claude-Joseph Ballaloup, fils de fabricant de pendules de Saint-Sigismond (à5 km d'Arâches), revient de Nuremberg (Allemagne) où il a appris àfabriquer des pièces détachées de montre. Il monte un atelier de fabrication et fournit ses anciens maîtres, puis il forme à son tour des apprentis. Ce travail, qui permet de bien gagner sa vie et qu'on peut exercer à la maison pendant les longs mois d'hiver, correspond tout à fait aux besoins des Savoyards. Mais on peut admirer l'effort de volonté nécessaire pour passer des gros travaux de la montagne au travail très délicat des petites pièces de montre. Tous n'y arrivaient pas. En 1760, il y a 17 ateliers d'horlogerie à Arâches avec une moyenne de 2 ouvriers par atelier. Les pièces détachées sont livrées à Genève où les mouvements sont montés, puis mis en boite, et les émailleurs de boites de montre de Genève ont une réputation mondiale. Le Faucigny prospère grâce àl'horlogerie et, en 1860, il y a 1 200 horlogers. La population d'Arâches passe de 540 en 1765 à780 en 1789. La Révolution française a une influence très importante sur la Savoie. Les troupes françaises entrent en Savoie le 22 septembre 1792.

La Convention incorpore la Savoie dans la République le 27 novembre 1792 et crée le département du Mont-Blanc. En 1798, Chambéry est chef-lieu. A la chute de Napoléon, la Savoie est attribuée au roi de Sardaigne par le traité de Paris, le 30 novembre 1815. Pendant cette période troublée, la population d'Arâches diminue à442 habitants en 1802 puis, le 14 juin 1844, Cluses subit un incendie catastrophique : 220 maisons sur un total de 230 sont entièrement détruites et la population d'Arâches passe à 882 habitants en 1848, puis, plus normalement, à 783 en 1884. Le 7 juin 1855, l'hymne de Savoie, "les Allobroges ", est créé.

En juillet 1858, a lieu, à Plombières, l'entrevue de Cavour, ministre du royaume de Sardaigne, avec Napoléon III, qui détermine le destin de la Savoie et, le 24 mars 1860, le traité de Turin fixe les modalités du rattachement de Nice et de la Savoie à la France par un plébiscite qui a lieu le 22 avril 1860 et donne 130 839 voix pour et 235 voix contre le rattachement à la France. En 1895, l'usine Cartier est la 1ère à fournir aux horlogers finisseurs des mouvements en blanc. C'est un début de fabrication en série. Le nombre d'ateliers artisanaux diminue jusqu'en 1914. Les horlogers se reconvertissent dans le décolletage sur tour de reprise puis sur tour automatique. Cluses devient le plus grand centre de décolletage de France. A Arâches, un atelier de décolletage compte 18 spécialistes.

Arâches se reconvertit, une fois de plus, dans le sport d'hiver ; il a, en 1936, le téléski le plus long d'Europe et crée le 16 novembre 1937 un syndicat d'initiative. La commune d'Arâches couvre 3 660 hectares dans lesquels la station de Flaine a les 4/5ème de la superficie. La station des Carroz comprend 11 hameaux : l'Arbeyroz, le village de l'Eglise, Les Crêts, Les Nants, Lachat, Le Thoral, Le Lay, Le Serveray, Le Sougy, Les Moulins, Le Pernant. Il faut espérer que les visiteurs des Carroz auront, sur les Savoyards, la même opinion que J.-Jacques Rousseau qui écrivait dans ses "confessions" : "... tels qu'ils sont, c'est le meilleur et le plus sociable peuple que je connaisse."


Office du tourisme des Carroz
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